C'est pas mon idée !

mardi 23 août 2016

Westpac s'invite dans l'économie de la donnée

Westpac
Avec leur prolifération inexorable dans le monde « digital » et les moyens de plus en plus puissants que les technologies dites « big data » procurent pour les exploiter, les données sont en train de donner naissance à une économie spécialisée. Pour la première fois, une banque – l'australienne Westpac – prend position sur ce marché.

Naturellement, les institutions financières font partie des premières entreprises disposant d'une masse d'information extrêmement riche sur leurs clients, susceptible d'attirer les convoitises de bien des acteurs de tous secteurs. Ce n'est pourtant pas dans une optique de commercialisation de ces données que s'oriente l'initiative de Westpac, probablement trop inquiète, comme la plupart de ses consœurs, de possibles réactions négatives, potentiellement virulentes, de la part des consommateurs concernés.

Au contraire, la démarche de la banque s'inscrit profondément dans le cœur de son ADN, en capitalisant notamment sur ses valeurs de confidentialité et de confiance. Il s'agit en effet pour elle de prendre en charge la ségrégation et la conservation sécurisée des informations personnelles pour le compte de la plate-forme d'échange de données d'entreprise Data Republic (dans laquelle elle a investi – aux côtés de de sa concurrente NAB et de Qantas – pour un total de 10,5 millions de dollars, en mai dernier).

Data Republic

En pratique, l'infrastructure mise en place, baptisée Westpac Databank, hébergée dans les centres informatiques de l'établissement et bénéficiant de la sorte de toutes les protections en vigueur pour son activité bancaire, accueillera les données sensibles des partenaires de Data Republic. Elle leur apporte ainsi la meilleure garantie possible contre les risques de vols d'identité, de violation de la vie privée ou, simplement, en matière de gestion des accords de confidentialité avec les individus impliqués.

Pour mesurer l'intérêt de la séparation des données entre les deux acteurs, il faut comprendre que, pour les cybercriminels, des informations de « comportement » (de quelle que nature que ce soit) ont peu de valeur si elles ne peuvent être liées à une personne identifiable. Aussi, quand Data Republic attribue un code non significatif à chaque individu et que celui-ci ne peut-être associé à des données d'identité que dans la base détenue par la banque, les détournements deviennent beaucoup moins profitables.

Alors que, contre vents et marées (y compris la crise de 2008), les institutions financières continuent de jouir d'une confiance presque inébranlable de la part du grand public, loin devant (entre autres) les géants du web, elles possèdent par essence une position privilégiée pour devenir les garantes de la protection des données personnelles (dont les ressorts sont finalement proches de leur métier d'origine). Il est donc surprenant que des modèles du type de Westpac Databank ne soient pas déjà généralisés, quand l'économie de la donnée est actuellement en pleine expansion, parfois anarchique…

lundi 22 août 2016

Le compte sans chéquier devient tendance

U.S. Bank
Le chèque est une relique du passé dont on peut légitimement se demander pourquoi il existe encore aujourd'hui. En l'éliminant totalement de sa nouvelle offre de compte courant, l'américaine U.S. Bank fait d'une pierre deux coups : un pas en avant vers la modernité qui lui permet également de réduire les comportements financiers délinquants.

Ciblant les individus qui n'ont jamais possédé ou qui ont arrêté d'utiliser un compte bancaire classique, le nouveau « Safe Debit Account » veut leur offrir tous les services dont ils peuvent avoir besoin, sans jamais risquer un découvert – et les frais qui s'ensuivent. Pour ce faire, point de chéquier, donc, mais une carte de débit à autorisation systématique, utilisable a la fois en boutique et en ligne, ainsi qu'un accès illimité aux services de banque à distance, notamment pour les règlements de factures.

L'idée peut sembler triviale mais elle est pourtant fondamentale : ne pas autoriser les consommateurs à dépenser un cent de plus que l'argent dont ils disposent réellement représente une étape essentielle sur la voie d'une gestion saine des finances personnelles. Et la démarche (globale) d'U.S. Bank est suffisamment rare et, vraisemblablement, sincère pour qu'elle se voit distinguée (par l'Ethisphere Institute, une organisation indépendante) comme une des entreprises les plus éthiques du monde !

Safe Debit Account

Il faut encore préciser que la banque ne fait pas là preuve de la moindre tentation philanthropique, comme le souligne d'ailleurs le coût mensuel de 4,95 dollars facturé au client (et le reste de sa grille de tarifs). Non, son objectif est simplement de mettre en place les moyens (modernes) qui vont aider les utilisateurs à éviter les pièges traditionnels du compte bancaire, tel qu'il existe depuis des décennies, pour le plus grand profit des institutions financières et au détriment des personnes en situation fragile.

Et, au vu de cet exemple, peut se poser la question ultime : comment se fait-il que, en 2016, le produit standard de la quasi totalité des établissements soit encore un « compte chèque », évidemment prédisposé à l'accumulation de découverts, la plupart du temps involontaires, et qui ont toutes les chances d'entraîner des spirales d'endettement ? Les solutions simples, efficaces et (relativement) peu coûteuses sont disponibles pour venir à bout de ce phénomène (y compris s'il peut rester nécessaire d'émettre un chèque de temps à autre) : il suffirait de penser à sortir du Moyen-Âge de la banque…

dimanche 21 août 2016

Les banques dénaturent la PSD2

EBA
La nouvelle directive européenne des services de paiement (« PSD2 ») promettait une ouverture de l'accès aux comptes bancaires pour les acteurs du secteur. Las, les propositions de mise en œuvre formulées par l'autorité bancaire européenne (EBA) vont certainement tempérer l'enthousiasme de ceux qui y voyaient une avancée majeure.

Avant de critiquer les positions prises, il faut tout de même admettre que l'exercice imposé par le régulateur est particulièrement délicat, puisqu'il demande de concilier facilité d'utilisation et sécurité optimale (dans un contexte de fraude galopante). On ne peut cependant s'empêcher de penser que les rédacteurs du texte [PDF], aidés par les intervenants qui ont répondu à leur appel à contribution, tendent à profiter de la recherche d'un difficile équilibre pour faire pencher la balance du côté qui leur est le plus favorable…

Sur le strict plan de la sécurité, d'abord, les recommandations (article 3.47) sont sources d'inquiétude. Certes, que les banques imposent une authentification forte (implicitement à deux facteurs, au minimum) de la part du détenteur du compte pour l'exécution de paiements par un tiers est plutôt rassurant. Ce sont, en revanche, les conditions d'exemption (article 3.48) qui soulèvent des doutes, quand elles sont uniquement réservées à l'accès à des données non sensibles – en se contentant par là d'exclure (article 3.49) toutes celles qui peuvent suffire à perpétrer une fraude.

Or, depuis qu'un chercheur du MIT a démontré qu'il était possible d'identifier une personne à partir d'une poignée de transactions de carte de crédit, qu'est ce qui va caractériser une donnée sensible ? Par ailleurs, à cette incertitude s'ajouterait l'exigence de demander une authentification de l'utilisateur final au moins une fois par mois. Les services d'agrégation de compte qui rêvait d'un accès transparent et fiable aux données bancaires de leurs utilisateurs vont déchanter : chaque demande d'identification représente une occasion supplémentaire d'abandon du service.

Et les complications ne s'arrêtent pas là ! Un peu plus loin (article 3.69.g), l'EBA veut imposer une limite sur les accès aux informations de comptes : les intermédiaires ne pourraient interroger le teneur de compte que sur demande explicite de leur client final ou, au maximum, deux fois par jour ! Sans surprise, l'argument avancé pour justifier cette restriction est la crainte que les systèmes informatiques ne soient surchargés par des excès de sollicitations, mettant en danger la disponibilité des services.

La réserve peut sembler anodine, puisque, dans la plupart des établissements, les opérations sont aujourd'hui traitées par lots, de nuit, et que, en conséquence, aucun mouvement n'est enregistré immédiatement. Mais la transition vers les paiements en temps réel devient progressivement une réalité, laissant entrevoir une vague d'innovations permettant d'assister les consommateurs dans la maîtrise de leurs finances personnelles. Du moins si les banques laissent circuler l'information librement…

Il n'est jamais inutile pour des fournisseurs d'API (« interface de programmation applicative ») de préciser des modalités d'accès « raisonnables » dans leurs conditions générales d'utilisation mais jamais on aura vu une restriction à deux accès quotidiens ! Avec ces termes, l'EBA donne l'impression de ne pas prendre toute la mesure de l'enjeu de l'ouverture imposée par la directive PSD2 et, surtout, de vouloir préserver autant que possible le statu quo en vigueur dans les banques européennes. Les autres acteurs concernés devraient se mobiliser et réagir vigoureusement au texte présenté.

EBA

Information repérée grâce à Michal Kisiel (thanks!)

samedi 20 août 2016

Quand les interfaces deviendront invisibles

Magie
Comme le sous-entend Martin Legowiecki dans son article pour TechCrunch, l'intelligence (humaine), c'est le barman qui vous reconnaît lorsque vous entrez dans votre bar favori, qui se souvient de votre boisson favorite et vous la sert avant même que vous ne soyez installé. Les interactions avec les machines doivent suivre la même voie.

En prolongeant le raisonnement, c'est même le but de l'intelligence artificielle que de faire disparaître le besoin de « dialoguer » avec des outils plus ou moins bien conçus, par l'intermédiaire d'un clavier (ou du doigt) et d'un écran, ou encore par commandes vocales, en langage naturel ou non. Quand les systèmes que nous utilisons quotidiennement seront suffisamment élaborés, toutes ces interfaces « homme-machine », d'abord simplifiées aux maximum, n'auront plus enfin qu'à se fondre dans l'environnement.

Loin d'être une utopie, cette idée est déjà bien avancée. Vous pouvez aujourd'hui interroger, de vive voix, Siri, l'assistant de Google ou Amazon Echo et vous obtiendrez (dans la plupart des cas) une réponse pertinente et au moins partiellement contextualisée. Demain, avec les progrès des algorithmes cognitifs et de l'intelligence artificielle, ces capacités continueront à se développer et quand vous demanderez à votre smartphone de prévenir votre conjoint que vous arriverez en retard, il saura exactement quel message délivrer, à qui l'adresser et par quel moyen de communication.

Il ne faudra alors plus beaucoup d'efforts pour que votre robot personnel acquière ses petites habitudes, comme le barman de l'introduction : s'il constate que vous êtes encore sur votre lieu de travail après l'horaire habituel, pourquoi ne prendrait-il pas l'initiative d'informer votre famille de votre retard probable, comme vous lui avez demandé de le faire plusieurs fois au cours des derniers jours ? Et si une autonomie excessive vous indispose, rien n'interdit qu'il vous demande une autorisation préalable.

Le principe est directement applicable dans le secteur financier ou dans l'assurance. La négociation d'un crédit à l'occasion d'un achat d'importance ou la souscription d'une garantie spécifique avant de se lancer dans une activité sportive sont des exemples de circonstances qu'un assistant intelligent serait parfaitement à même de détecter par lui-même et dont il devrait pouvoir prendre en charge les détails « administratifs » sans imposer des saisies de formulaires interminables et l'envoi de justificatifs en tout genre.

Avant d'atteindre cette vision, il faudra toutefois transformer les pratiques de conception logicielles de l'ensemble des acteurs de la chaîne de développement, des spécialistes de l'expérience utilisateur jusqu'aux experts techniques. D'une certaine manière, il deviendra même obligatoire que les créateurs des futures solutions transparentes possèdent simultanément une double compétence, de design et de technologie, afin de toujours proposer, avec tact, le service adéquat au moment opportun.

Intelligence Articifielle

vendredi 19 août 2016

Après l'agence, Boursorama tue le centre d'appel

Boursorama
Bien qu'on les qualifie souvent de « 100% en ligne », les banques directes françaises persistent toutes à maintenir un centre d'appel permettant à leurs clients de s'entretenir de vive voix avec un conseiller. Il se pourrait cependant que ce qui n'est finalement qu'un anachronisme soit promis à la disparition à plus ou moins brève échéance…

Comme le repérait récemment un article de cBanque, la prochaine évolution des tarifs [PDF] de Boursorama Banque, applicable à partir d'octobre 2016, marque en effet une rupture sensible, puisque les opérations exécutées par l'intermédiaire d'un conseiller – alors qu'elles peuvent être réalisées via les outils en ligne – seront facturées 5 euros (contre 3 euros précédemment). S'ajoutant à la discrétion du numéro du centre de contact sur son site, la stratégie de la banque devient claire : le canal téléphonique a vécu.

Alors qu'il a donné naissance au concept même de service financier à distance il y a une trentaine d'années, il faut admettre qu'il est aujourd'hui totalement dépassé. S'il parvient encore à justifier son existence dans certains cas, ce n'est que parce que la plupart des établissements en ligne n'ont pas encore réussi à décliner l'ensemble de leur catalogue sur le web et qu'ils imposent donc à leurs clients d'entrer en relation avec un conseiller pour finaliser la souscription de tel ou tel produit ou valider telle ou telle transaction.

Boursorama Banque

Bien sûr, Boursorama Banque a dépassé ce stade : toutes les démarches peuvent dorénavant être traitées via internet – sur PC ou sur smartphone (notamment avec la toute dernière version de sa plate-forme). Comme, de surcroît, ses clients expriment, par « définition », leur préférence pour une relation en ligne, la disponibilité de conseillers ne devrait résolument pas constituer une priorité, même s'ils restent accessibles (gratuitement) pour des questions complexes (par exemple sur le crédit immobilier).

Une motivation immédiate de la banque avec cette initiative peut être, comme le suggère l'article de cBanque, de réduire les coûts exorbitants des opérations gérées par téléphone (il est couramment question de plusieurs dizaines d'euros par appel). Plus profondément, il peut également s'agir de préparer une nouvelle vision de la relation client, dans laquelle le consommateur est entièrement autonome et dispose en permanence, au bout des doigts, des informations dont il a besoin pour piloter sa vie financière.

Cette perspective ne conviendra certes pas à tout le monde, mais pour les personnes qui choisissent Boursorama Banque – rejetant de la sorte l'idée d'une relation classique avec un conseiller en agence – elle n'est qu'un prolongement inévitable de leur choix. Il reste cependant à la banque à démontrer sa capacité à apporter un service de qualité exclusivement en ligne. Mais, après tout, elle n'est pas seule à croire à ce modèle : la majorité des néo-banques créées ces dernières années reposent sur cette même idée…

jeudi 18 août 2016

UOB forme ses conseillers au crowdfunding

UOB
Au premier abord, la dernière annonce d'« United Overseas Bank » (UOB) – qui rayonne sur l'Asie depuis sa base singapourienne – pourrait ne constituer qu'un épisode de plus dans la série des collaborations entres institutions financières et startups de la finance participative, en l'occurrence OurCrowd. Mais sa vision semble différente…

Déjà, en mars, la banque avait investi 10 millions de dollars dans la jeune pousse israélienne aux ambitions mondiales. Cette dernière a obtenu plus récemment, en juillet, l'agrément des autorités pour opérer sa plate-forme de crowdfunding en equity (investissement en parts de société) à Singapour. Conséquence logique, UOB va désormais introduire cette option parmi les options de financement proposées à ses clientes PME, ainsi qu'en tant qu'instrument de placement aux investisseurs accrédités.

Naturellement, il ne s'agit pas de la première collaboration du genre. En revanche, UOB se distingue plus particulièrement quand, en cohérence avec sa démarche, elle met en avant la mise en place d'un plan de formation dédié pour ses conseillers commerciaux. Depuis 6 mois, une centaine de personnes ont ainsi participé au cursus, qui leur permet d'abord de comprendre les solutions de financement alternatives, puis de savoir orienter les entrepreneurs vers celles qui sont le mieux adaptées à leur situation.

UOB + OurCrowd

L'approche peut surprendre, elle est pourtant parfaitement en ligne avec le rôle normal du conseiller. L'accompagnement des PME dans leurs besoins financiers ne peut se réduire à leur recommander les produits de la banque et à les laisser s'aventurer seul dans la jungle de la finance participative, même si elle est affiliée à l'établissement. L'idée d'une entreprise centrée sur ses clients impose de comprendre leurs attentes et leur contexte et de les guider intelligemment dans leurs choix, quels qu'ils doivent être.

Après tout, il s'agit bien là de la mission de la banque. La diversité et la complexité des nouveaux outils financiers rendent parfois les décisions difficiles, faute d'une bonne maîtrise des risques et des enjeux de chacun d'eux. Dans les institutions qui tiennent tant à conserver un réseau physique et continuent à croire à la valeur du conseil humain, l'opportunité d'apporter l'expertise nécessaire pour faire le tri dans une offre pléthorique devient donc immense. Mais sont-elles nombreuses à suivre l'exemple d'UOB ?

mardi 16 août 2016

Technologies émergentes Gartner 2016

Gartner
Voici revenue cette époque de l'année durant laquelle les analystes de Gartner nous livrent leur incontournable « hype cycle » des technologies émergentes. Avec trois tendances majeures couvrant quasiment tout le spectre, cette édition propose toutefois une vision exceptionnellement claire des sujets à suivre dans les prochains mois.

Le premier axe des transformations qui se dessinent, celui des « expériences immersives transparentes » dans la terminologie du cabinet, est le prolongement du recentrage – entamé depuis quelques temps – des technologies sur l'humain, dont l'aboutissement sera l'établissement de relations fluides, contextuelles et adaptatives entre les individus, les entreprises et les objets, qu'elles interviennent dans l'environnement privé, dans des interactions commerciales ou sur le lieu de travail.

Dans ce périmètre, Gartner inclut notamment les interfaces d'interrogation en langage naturel (dont la maturité semble proche), la réalité virtuelle et la réalité augmentée (plus lointaines quoique, d'une certaine manière, déjà prêtes à entrer en production), ou encore les dispositifs de contrôle gestuels, l'informatique « affective », les systèmes de pilotage connectés au cerveau, la maison connectée…, qui, tous suscitent, pour l'instant, plus de fantasmes enthousiastes que d'opportunités concrètes.

La deuxième thématique à placer dans les radars des entreprises – les institutions financières étant concernées au plus haut point – s'inscrit dans le concept des machines intelligentes perceptives qui, grâce à la convergence de la capture de données massives, de l'expansion sans fin des capacités de calcul et des progrès de l'intelligence artificielle, promettent aux organisations de devenir capables de réagir instantanément à des situations inédites et répondre à des problèmes jamais rencontrés auparavant.

Gartner Emerging Technologies Hype Cycle 2016

Cette catégorie regroupe une palette de technologies dont les noms résonnent familièrement, tant elles nourrissent aujourd'hui d'espoirs et, souvent, de démesure (caractéristiques du « pic des attentes excessives » autour duquel Gartner les positionne presque toutes sur son « hype cycle ») : machine learning, assistants virtuels interactifs, conseillers cognitifs, interfaces conversationnelles, environnement de travail intelligent… mais également drones commerciaux, véhicules autonomes, robots…

Enfin, la dernière tendance à retenir est la révolution des plates-formes, dont les exemples les plus significatifs pour le secteur financier (et les moins exclusivement technologiques) sont la blockchain, l'internet des objets, voire l'informatique quantique. S'écartant progressivement de la notion de socle d'infrastructure sur lequel s'appuient aujourd'hui les applications, ces concepts définissent les fondations d'écosystèmes complets au sein desquels de nouveaux modèles économiques devront émerger.

La cohérence de la vision proposée par Gartner – qui laisse même entrevoir un fil conducteur unique, d'une intégration transparente de la technologie dans la vie courante – est un signal puissant de l'importance critique d'en préparer l'irruption prochaine dans les entreprises. Incidemment, une autre spécificité de ce « hype cycle » 2016 est la concentration de tendances dont la maturité est envisagée à un terme de 5 à 10 ans : l'année 2025 marquera-t-elle l'avènement de cette révolution « digitale » ?

lundi 15 août 2016

DBS lance un réseau social pour les PME

DBS
Elle n'est certes pas la première banque dans le monde à créer – sous une forme ou une autre – un réseau social à destination des entrepreneurs, mais l'initiative [PDF] de la singapourienne DBS se démarque nettement des précédentes, par les moyens qu'elle met en œuvre et par sa portée, à la fois géographique et fonctionnelle.

La première particularité notable de DBS BusinessClass est de reposer principalement sur une application mobile. Au sein de celle-ci, les utilisateurs – qui ne doivent pas nécessairement être clients avant de s'inscrire – peuvent accéder aux contenus qui leur sont réservés et contacter les autres participants à travers une messagerie instantanée privée ou par l'intermédiaire de forums plus classiques. Naturellement, 45 conseillers de la banque y sont également présents pour répondre aux questions financières.

En outre, afin de maximiser la valeur délivrée, le dispositif ne se contente pas de mettre en relation des responsables d'entreprise entre eux. En effet, DBS a assemblé une petite équipe d'experts externes – spécialistes sectoriels, fondateurs de startups à succès, gérant de fonds de capital-risque (recrutés jusque dans la Silicon Valley) et autres investisseurs… – que les membres auront aussi la possibilité d'interroger directement.

Malgré la priorité mise sur son application, les concepteurs de DBS BusinessClass reconnaissent le besoin, parfois, de prolonger les interactions virtuelles dans la vie réelle. Pour ce faire, des événements sont donc régulièrement organisés – séminaires, tables rondes, conférences… – autour de sujets qui concernent les PME. À l'inverse, les principaux enseignements et idées innovantes émanant de ces rencontres seront publiés, de manière à permettre à ceux qui le souhaitent de poursuivre les échanges.

Accueil DBS BusinessClass

Après une première ouverture à Singapour, DBS BusinessClass a été étendu à Hong Kong au mois de juillet. À terme, l'objectif visé est de couvrir l'ensemble des marchés asiatiques où la banque est présente – Chine, Inde, Indonésie et Taiwan – et d'établir de la sorte une plate-forme collaborative transcontinentale au service des PME. Elle offrirait alors une opportunité quasiment unique pour les entrepreneurs de développer leur réseau relationnel à grande échelle (à la réserve près de la barrière des langues).

Cette richesse potentielle, à tous les niveaux, constitue probablement la raison majeure pour laquelle DBS BusinessClass semble bien parti pour réussir, avec 15 000 participants enregistrés à ce stade, alors que les initiatives passées du même genre ont souvent eu du mal à s'imposer. Il reste toutefois à la banque de démontrer qu'elle est capable d'animer le dispositif et de maintenir l'engagement des participants dans la durée. Il lui faudra pour cela continuer à s'impliquer et investir, car une telle plate-forme a tout de même peu de chances de survivre par elle-même.

dimanche 14 août 2016

People's Lab, l'intrapreneuriat selon BNP Paribas

BNP Paribas
J'évoquais récemment l'idée de repérer les futurs entrepreneurs dans les grands groupes, afin de profiter de leur énergie créative avant qu'ils ne partent voler de leurs propres ailes. Naturellement, les expériences du genre ne manquent pas et BNP Paribas en fournit ainsi un exemple avec son People's Lab, initié en 2014 et dont une interview de sa fondatrice, Sabrina Murphy, éclaire les coulisses.

En complémentarité avec les autres dispositifs d'innovation existants dans la banque, entre structures internes dédiées et partenariats avec des startups, celui-ci a pour vocation de stimuler l'intrapreneuriat, en visant 3 objectifs simultanés : développer l'engagement des collaborateurs qui désirent créer quelque chose au sein de leur entreprise, faciliter et accélérer le déploiement de nouveaux concepts et cultiver une valeur d'intelligence collective dans l'ensemble de l'organisation.

La démarche retenue est pragmatique, tout en restant relativement légère. À intervalle régulier (tous les 6 mois ?), les salariés volontaires sont appelés à soumettre leur projet à un comité de sélection, qui en retient une quinzaine, environ. Les heureux élus vont alors consacrer 1 journée par semaine, pendant 4 mois, à peaufiner leur idée et mettre au point un « MVP » (Produit Minimum Viable), dans la plus pure tradition Lean Startup. En fin de parcours, une séance de « pitches » décide de la poursuite ou non de l'aventure.

Tout au long de la période d''incubation, qui se veut également être une expérience collaborative, les participants bénéficient d'un accompagnement, assuré par des intervenants internes et externes, dans un environnement propice à l'innovation (le WAI, où sont aussi accueillies les initiatives telles que Innov & Connect ou l'accélérateur FinTech de BNP Paribas). Ils peuvent de la sorte appréhender à la fois les bases de la création d'activité et les arcanes des métiers qu'ils cherchent à transformer.

People's Lab BNP Paribas

À ce stade de la présentation, je ne peux éviter de souligner les limites du People's Lab. La première de celles-ci est une question d'échelle. L'ambition de faire évoluer la culture d'un groupe de près de 200 000 personnes semble en effet disproportionnée en comparaison de la trentaine de collaborateurs impliqués chaque année. Sans aller jusqu'au modèle (controversé) des « 20% Google », l'ampleur des efforts de BNP Paribas devrait être considérablement étendue pour leur donner un impact sensible.

Autre source d'inquiétude potentielle, aucune démarche structurée ne paraît être mise en place en prolongement de la phase d'incubation que représente le People's Lab. Certes, les « pitches » finaux permettent aux intrapreneurs d'obtenir les ressources nécessaires pour poursuivre leur projet, le cas échéant, mais il n'est plus, après, question d'accompagnement ou de support. Si, comme il est – hélas ! – fort probable, l'étape suivante revient à des méthodes et processus de développement traditionnels, il faut craindre démotivation des participants et enlisement des réalisations.

Quels que soient ses défauts, l'initiative de BNP Paribas constitue tout de même un progrès, dont les résultats, aussi modestes soient-ils, ne peuvent qu'aller dans le bon sens : satisfaction des participants, sensibilisation de leurs responsables hiérarchiques, développement de l'innovation… Il ne reste qu'à capitaliser sur ces débuts prometteurs et compléter l'approche pour lui donner une autre dimension, susceptible de réellement transformer le cœur de la banque dans un intervalle de temps raisonnable…

samedi 13 août 2016

Le commerce entre dans la réalité virtuelle

Taobao
En avril dernier, il n'existait encore qu'une vidéo de démonstration. Quelques mois plus tard, l'idée est devenue un prototype opérationnel, présenté à l'occasion d'une exposition à Shanghai. Pas de doute, pour le géant chinois Alibaba, le shopping en réalité virtuelle prend rapidement forme et son prochain défi sera d'y intégrer les paiements.

Imaginez comment vous ferez (peut-être) vos emplettes dans quelques années : confortablement installé(e) dans votre canapé, avec votre famille, vous enfilez votre casque et vos gants et vous déambulez dans une galerie marchande virtuelle. Vous entrez dans une boutique de vêtements et, là, vous essayez les articles (sur votre double numérique ?). Vous désirez changer votre mobilier ? Pénétrez dans un autre magasin, sélectionnez un fauteuil dans les rayons et intégrez-le en un clin d'œil dans votre salon, puis déplacez-le ou changez sa couleur d'un geste de la main…

Ces quelques exemples font partie des hypothèses sur lesquels planchent les ingénieurs de Taobao, la place de marché en ligne d'Alibaba. Baptisée « Buy+ », une première incarnation de cette plate-forme permettait aux visiteurs du premier « Taobao Maker Festival », organisé fin juillet, d'expérimenter le concept avec un échantillon de 72 commerces de prêt-à-porter et d'accessoires de mode. Aucune date n'a été officiellement annoncée mais certaines sources évoquent un lancement dès la fin septembre.

Achat de meuble en réalité virtuelle

La révolution du e-commerce est donc bien en marche ! Cependant, il subsiste un « détail » qui n'a pas encore été réglé et sur lequel Alibaba se penche désormais avec attention : le paiement. En effet, si, pour l'instant, la finalisation des achats dans l'environnement « Buy+ » n'est possible que via des moyens traditionnels, la filiale financière du groupe chinois, Ant Financial (détenant notamment Alipay, le porte-monnaie mobile numéro 1 du pays), veut naturellement compléter sa panoplie de services afin d'offrir une expérience immersive totalement transparente aux consommateurs.

Or la tâche ne sera pas particulièrement aisée pour atteindre un parfait équilibre entre sécurité des transactions et qualité de l'interaction. Faudra-t-il préférer reproduire – plus ou moins fidèlement – les modèles existants dans le monde réel, avec l'avantage de moins bousculer les habitudes des clients ? Sera-t-il nécessaire d'inventer une approche entièrement nouvelle, débarrassée des réflexes matérialistes historiques ? En tous cas, les acteurs qui, à l'instar d'Alibaba, se posent ces questions maintenant auront plus de chances d'être prêts quand la réalité virtuelle deviendra incontournable…